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société

  • Déplacements en ville, un combat inégal

    Avertissement...

    Hola, je sens que cette note va être longue, très longue. Et accessoirement, à base de coups de gueule. ça fait un moment que je médite dessus ! "Et pas la moindre image ?!" s'enquièrent certains dans le fond que j'entends déjà râler. Bon, les gars, quand vous en aurez marre, allez jeter un oeil sur les albums photo (à gauche) et je promets qq descriptions "imagées" pour illustrer quand même un minimum mon propos.

    Parce que sur le sujet du vélo en ville, y'a à dire... C'est même l'objet de bouquins à succès ("Petit traîté de vélosophie" de D. Tronchet, que j'ai lu et apprécié mais avec lequel j'ai de nombreux points de désaccord... entre autre sur la philosophie générale, ce qui est un peu gênant !)

    A vue de nez ma démonstration comportera deux grandes parties :

    Grand I, tout ce qui fait que l'automobiliste (ou parfois le motard, le cyclomotoriste, le chauffeur-livreur, etc, liste non exhaustive) doit être considéré avec une méfiance extrême et une vigilance de tous les instants.

    Grand II, quelques exemples pratiques et des suggestions de représailles.

    I Présentation de l'ennemi

    Une lutte !

    Pour commencer, et bien que cela remonte un peu maintenant, je n'ai pas oublié mon expérience de l'auto-école. Je revois encore nos moniteurs (et trices) désabusés par la conduite des "autres usagers", selon la terminologie du code. Non-respect des distances de sécurité, oubli des clignotants, dépassements à l'emporte-pièce et j'en passe, sans indulgence aucune pour les apprentis que nous étions (plutôt considérés par les autres conducteurs comme des gêneurs à reléguer au plus vite et par tous les moyens dans leurs rétros !). Ces constatations devenaient notre sujet de discussion favori entre candidats, au point d'en venir à se dire "Vivement le permis, que je puisse faire n'importe quoi au volant comme tous ceux qui l'ont" !

    Quand on entend que 80% des Français se proclament "bons conducteurs" dans les sondages, ça laisse songeur !

    C'est négliger un peu vite dans l'auto(!)satisfaction que par définition, tout engin motorisé (donc polluant, encombrant, dangereux) est une nuisance dans l'environnement citadin. Ajoutez-y l'état d'esprit du conducteur, bien souvent au choix égoïste, négligent, inconscient, agressif, étourdi (rayez la mention inutile s'il y a lieu, mais que le piéton qui ne s'est jamais fait griller la politesse en s'apprêtant à traverser sur les clous me jette la première béquille), mélangez bien et vous disposerez du cocktail "spécial stress & pollution" idéal. Et les susmentionnés "conducteurs impeccables" n'ont pas non plus mauvaise conscience à l'idée que tout le monde n'a pas une carrosserie autour de soi pour se protéger. 

    Mal conduire = Mal SE conduire ?

    Complétons le tableau avec un peu de réflexion historique. On l'oublie trop souvent, l'auto est dotée d'une vie propre et doit être domptée (ce qui explique qu'il faille un permis !)

    Ainsi, l'automobile, comme le dinosaure, est stupide, notamment en troupeau, et semble pourvue d'oeillères qui rétrécissent considérablement sa vision au niveau du pare-brise. Incapable de discernement, elle ne prévoit ni ce qui se passe autour, qui serait susceptible de l'inciter à ralentir (vision dite "en tunnel", le piéton de tout à l'heure engagé sur les clous n'existe pas), ni ne décrypte ce qui se passe devant afin d'anticiper intelligemment. Carrefour déjà bouché, réduction du trafic à une voie... autant de signes qui devraient la pousser à réagir, ou à prévenir ses congénères pour le bien commun ? Eh bien non. C'est pour combattre cette tendance naturelle malheureuse que l'homme a jugé bon de placer dans son habitacle des individus chargés de la conduire. Mais inexplicablement, un grand nombre d'entre eux débranchent également le cerveau en actionnant le démarreur. Et certains y prennent même goût, au point de préférer ce mode de transport à une courte marche à pieds, plusieurs fois par jour. Néanmoins, comme ces bébêtes-là ont très soif lorsqu'elles se déplacent, et que leurs ressources sont en voie d'épuisement, elles ne tarderont pas à être frappées d'extinction. La même chose que les dinosaures, je vous dis ! Espèce condamnée, on sera bientôt tranquilles.

    Mais en attendant, les conséquences sont là pour le cycliste en ville (et parfois aussi en dehors) : le code de la route demeurant une notion très aléatoire, il convient donc pour sa survie dans ce monde de brutes de ne faire confiance à personne et d'avoir des yeux pour les autres !

    D'autre part, dans les cas de figure les plus fréquents, le conducteur est distrait, soit par les autres personnes qu'il transporte, soit (eh oui) par une conversation téléphonique en direct... Mais ne commençons pas à lui chercher des excuses !

    II Travaux pratiques

    Ode à l'effort ingrat

    Le cycliste en ville n'a guère l'occasion de se laisser aller à la rêverie, puisqu'il doit compenser le manque de discernement des autres véhicules qui l'environnent par une attention et un esprit de décision décuplés. Et lui se doit de respecter le code de la route, et même de prévoir les infractions qui vont être commises, il en va de sa vie (ex. : orange "bien mûr" grillé, voiture qui néglige de s'écarter pour le dépasser...). "Le vélo est une crêpe facile" disait Tôpher Mills dans une ode admirable à la bicyclette (en V.O., "The bicycle is an easy pancake"), lisible dans l'anthologie établie par Edward Nye "A bicyclette".

    Comme si tout cela ne suffisait pas, le fait d'adopter un rythme de progression différent augmente le danger. Dans cet univers d'accélérations sans-y-penser et d'engins surmotorisés pour les trajets urbains, celui qui ne dispose pas d'autre moteur que ses propres jambes doit s'économiser dans les montées, prendre de l'élan dés qu'il le peut, prévoir les changements de couleur des feux, bref, AN-TI-CI-PER. Un réflexe d'économie d'énergie et de sécurité élémentaire que nombre de conducteurs ont largement oublié, eux qui préfèrent nous doubler sans visibilité en haut des côtes ou à l'amorce d'un rond-point, parfois en allant jusqu'à ponctuer l'intelligence de leur manoeuvre d'un coup de klaxon intempestif dans l'espoir de provoquer une crise cardiaque ou une perte de contrôle...  

    Le plaisir de pédaler dans ces conditions n'est pas évident, d'autant que cet effort violent (arrêts et redémarrages fréquents) se fait dans un univers pollué et non en pleine forêt, au milieu de la nature. Tout l'art est de ne pas s'essouffler. On se perfectionne, en trouvant des astuces pour conserver l'élan, en gardant le plus possible une allure régulière et en évitant de freiner, surtout en faux-plat - manie réservée aux automobilistes qui trouvent l'essence encore trop bon marché - patience, la revanche est proche !

    Comment parvenir à cette délicate mission lorsque les autos/camions/scooters devant soi ou aux intersections ne préviennent pas, ne se placent pas correctement sur la chaussée, et ne font pas usage du clignotant ? Injustice d'autant plus flagrante que le cycliste, lui, en être civilisé, est contraint de lever le bras au péril de son équilibre pour indiquer un changement de direction. Penser que de sombres individus confortablement installés sur leurs fauteuils ne prennent même pas la peine de lever le petit doigt pour actionner un commodo, ça a quelque chose du distingo entre le code d'honneur du chevalier et la félonie du soudard. Il m'est même arrivé récemment de m'arrêter à un passage piéton pour inviter une vieille dame à traverser... et de me faire frôler par l'automobile qui me suivait et pour laquelle il devait être inconcevable d'en faire autant !

    Le côté obscur de la Force ! (Aux armes !)

    Au XXIème siècle, il arrive que cette noblesse de coeur et d'âme du preux chevalier sur son destrier cèdent le pas à la moutarde qui monte au nez et à la barbarie guerrière. Que voulez-vous, il est des moments où l'on ne supporte plus le mépris et l'arrogance des véhicules motorisés et de leurs propriétaires. Des moments où l'irrespect et l'incivisme n'amusent plus, où la bêtise ambiante impose le défoulement.

    Halte à la victimisation ! C'est pas beau, mais ça soulage.

    Parmi les hauts faits d'armes dont je ne me vante pas trop, les dépassements d'automobiles en pleine rue dans mon jeune temps. A vélo, c'est quand même plus glorieux qu'en s'aidant du moteur d'une mob ou d'un scooter ! La suite du défi entre copains était ensuite généralement de prendre un peu d'avance, puis de réussir avant l'intersection suivante le plus beau dérapage, roue arrière bloquée, pour signer son forfait sur le bitume urbain. C'est ainsi que les Panaracer Smoke sur mes VTT de l'époque justifiaient leur appellation en partant littéralement en fumée ! A 150 francs le pneu c'était la classe, je dirais même le panache (de fumée !). D'autant qu'on s'entraînait dur pour parfaire notre technique et la note artistique qui allait avec.

    Aujourd'hui, je me suis assagi... ou alors de tels efforts sont devenus trop violents pour mes vieilles jambes. Mais qu'une voiture soit mal stationnée et empiète sur la piste cyclable, et c'est le coup de sang ! Mon grand bonheur : le dégagement du coude dans le rétro du conducteur à 35 à l'heure. Et paf ! 

    Je le reconnais, je suis un dangereux récidiviste qui fais la même chose en tant que piéton avec les véhicules garés sur les trottoirs. Mais la vitesse en moins, c'est moins drôle !

    En guise de conclusion, on pourrait reprendre sur le compte des voitures en ville ce que ce misanthrope affirmait au sujet des nuisances canines : "Moi, c'est pas les chiens que j'aime pas. C'est les cons qui en ont !"