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romain gary

  • Limites et regrets

    Pour revenir sur les « lectures vélocipédiques », j'ai pu constater que nombre d'écrivains-cyclistes-romanciers revendiquent l'inspiration que leur ont fournie les grandes plumes du quotidien L'Equipe.

    Mais ce qui est récurrent chez eux, c'est aussi un regret : celui de n'être pas devenus eux-mêmes ces « géants de la route » dont ils décrivent si bien les exploits et façonnent la légende. Il reste toujours de façon perceptible dans leurs textes cette pointe d'amertume de n'avoir pu devenir le champion de leurs rêves d'enfant qu'ils auraient si bien incarné - rêve inaccessible, ou dont la concrétisation n'est permise qu'à trop peu d'élus ! Paul Fournel semble s'en consoler en suggérant que la vie de cycliste professionnel n'est pas jonchée de pétales de roses, mais plutôt de  pavés comme ceux des tranchées de Paris-Roubaix, et que la passion initiale n'y résiste pas souvent.                                               

    L'homme se cogne toujours à ses limites. Ainsi Romain Gary raconte dans « La Promesse de l'Aube » comment le jonglage (parmi ses nombreuses vocations) est devenu son obsession, et comment, ne parvenant pas à passer de 6 à 7 balles, il a fini par y renoncer définitivement.

    Mais il n'est que trop évident quePromesse de l'Aube.jpg quelque carrière qu'il eût pu embrasser par la suite, l'amertume et la frustration de cette ambition avortée l'accompagneraient toujours.

    "Je sentais confusément que l'enjeu était important, capital même, que je jouais là toute ma vie, tout mon rêve, toute ma nature profonde , que c'était bien de toute la perfection possible ou impossible qu'il s'agissait [...] J'ai essayé toute ma vie. Ce fut seulement aux abords de ma quarantième année, après avoir longuement erré parmi les chefs-d'oeuvre, que peu à peu la vérité se fit en moi, et que je compris que la dernière balle n'existait pas.

    C'est une vérité triste et il ne faut pas la dévoiler aux enfants. Voilà pourquoi ce livre ne doit pas être mis entre toutes les mains."

     Refus du bonheur, ou complaisance dans la mélancolie ? Je ne me souviens pas avoir rêvé devenir jongleur ni cycliste professionnel (footballeur à la rigueur, mais j'ai vite compris...). Le bonheur est de s'abandonner à ce que l'on peut atteindre, et tout le reste est littérature.

    L'autre jour à Allanche, la pratique du "Circuit des Estives" avec Eric et Olivier de Dériv'Chaînes était l'occasion d'illustrer cet adage (suite sur la note « Dériv'chaînes et Estives »).