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littérature

  • Rire de l'écologie, pour quoi faire ?

    Si vous ne voyez pas comment l'énergie solaire peut aider à avoir de beaux mollets, alors il vous faut (re)lire Reiser...

    Longtemps, les B.D. de cet auteur m'évoquaient surtout une forme surannée de provocation gratuite et vulgaire, à l'image de son personnage du "gros dégueulasse" qui eut même les honneurs (?) du grand écran. En d'autres termes, du dessin d'humour que je laissais sans regret à la génération* précédente.

    N'empêche, j'avais quand même un doute. Un auteur qui comptait Coluche et Desproges parmi ses amis, collaborateurs et/ou admirateurs mérite sans doute une deuxième chance.blog BD 001 bis.jpg

    En parcourant les rayons d'une grande surface culturelle l'autre jour, à la recherche de lectures de vacances si possible en lien avec le boulot (un prof ça ne déconnecte jamais complètement), j'ai saisi l'occasion de me plonger dans cet univers. Notamment dans ce grand album sobrement intitulé "L'écologie : la pollution, les espèces menacées, l'énergie solaire, le nucléaire..." (Glénat, 2010). Qu'y ai-je trouvé ? quelques blagues potaches, bien sûr, mais surtout beaucoup de réflexions scientifiques et sociales et la recherche obsessionnelle de solutions écologiques illustrées tantôt sérieusement, tantôt de façon caricaturale. Souvent les deux à la fois, manière de ne pas se prendre au sérieux, mais avec une exigence dans le détail et une acuité dans la critique des comportements auxquelles je ne m'attendais pas. C'est un travail d'"humaniste" des XVIIe et XVIIIe siècles : on est loin de la critique facile et de l'utopie libertaire sans lendemain ! Au contraire, la dénonciation de la mondialisation galopante développée ici fait frémir tant l'auteur en avait décelé les symptômes, plus de 30 ans à l'avance. Par exemple l'absurdité de notre dépendance au pétrole, si bien disséquée que les agissements des dirigeants de BP avant la fuite dans le golfe du Mexique cette année semblent en découler (!) en droite ligne...  

    Curieux quand même de voir autant de B.D. traîter le thème de l'écologie et des comportements individuels, et depuis si longtemps**. D'un autre côté, comment à l'origine (soit au début des années 1970, on sent bien le lien avec la sensibilité post soixante-huitarde !) alerter les gens autrement que par l'humour et le délire visuel ? L'écologie semblait alors réservée aux doux rêveurs partisans d'un anticapitalisme en train de passer de mode. Autodérision indispensable. Pas question de se poser en donneurs de leçons !

    C'est ainsi que passe la pilule de la critique de nos habitudes et des dérives de nos modes de vie (la "misère de l'homme" disait déjà Pascal). Un héritage suivi avec succés par les auteurs actuels (Sfar, Larcenet, Blain...) dans cette traque des travers ordinaires par le dessin et le récit bref.

    Le rire pour dédramatiser dans un premier temps. Pour conduire à des consciences plus éveillées dans un deuxième ? 

    Et si une bonne B.D. pouvait être plus efficace qu'un documentaire alarmiste ?     

     

    *Le thème "Rire, pour quoi faire" a remplacé "Le détour" concernant les programmes 2010-2011 du Français au BTS. L'autre thème à étudier s'intitule précisément "Génération(s)".

    **Parmi les "vieux" auteurs de BD d'humour, F'murrr ou Franquin représentés dans la liste de la colonne de gauche portent aussi dans leurs planches des "messages" à visée clairement écolo. Mais je rajouterais volontiers Mandryka (saga "le concombre masqué") ou, chez les anglo-saxons, Watterson dont les prises de position assumées et parfois virulentes sur la question ne manquent pas dans "Calvin & Hobbes"... 

  • Limites et regrets

    Pour revenir sur les « lectures vélocipédiques », j'ai pu constater que nombre d'écrivains-cyclistes-romanciers revendiquent l'inspiration que leur ont fournie les grandes plumes du quotidien L'Equipe.

    Mais ce qui est récurrent chez eux, c'est aussi un regret : celui de n'être pas devenus eux-mêmes ces « géants de la route » dont ils décrivent si bien les exploits et façonnent la légende. Il reste toujours de façon perceptible dans leurs textes cette pointe d'amertume de n'avoir pu devenir le champion de leurs rêves d'enfant qu'ils auraient si bien incarné - rêve inaccessible, ou dont la concrétisation n'est permise qu'à trop peu d'élus ! Paul Fournel semble s'en consoler en suggérant que la vie de cycliste professionnel n'est pas jonchée de pétales de roses, mais plutôt de  pavés comme ceux des tranchées de Paris-Roubaix, et que la passion initiale n'y résiste pas souvent.                                               

    L'homme se cogne toujours à ses limites. Ainsi Romain Gary raconte dans « La Promesse de l'Aube » comment le jonglage (parmi ses nombreuses vocations) est devenu son obsession, et comment, ne parvenant pas à passer de 6 à 7 balles, il a fini par y renoncer définitivement.

    Mais il n'est que trop évident quePromesse de l'Aube.jpg quelque carrière qu'il eût pu embrasser par la suite, l'amertume et la frustration de cette ambition avortée l'accompagneraient toujours.

    "Je sentais confusément que l'enjeu était important, capital même, que je jouais là toute ma vie, tout mon rêve, toute ma nature profonde , que c'était bien de toute la perfection possible ou impossible qu'il s'agissait [...] J'ai essayé toute ma vie. Ce fut seulement aux abords de ma quarantième année, après avoir longuement erré parmi les chefs-d'oeuvre, que peu à peu la vérité se fit en moi, et que je compris que la dernière balle n'existait pas.

    C'est une vérité triste et il ne faut pas la dévoiler aux enfants. Voilà pourquoi ce livre ne doit pas être mis entre toutes les mains."

     Refus du bonheur, ou complaisance dans la mélancolie ? Je ne me souviens pas avoir rêvé devenir jongleur ni cycliste professionnel (footballeur à la rigueur, mais j'ai vite compris...). Le bonheur est de s'abandonner à ce que l'on peut atteindre, et tout le reste est littérature.

    L'autre jour à Allanche, la pratique du "Circuit des Estives" avec Eric et Olivier de Dériv'Chaînes était l'occasion d'illustrer cet adage (suite sur la note « Dériv'chaînes et Estives »).

  • Tour(s) et détour(s) (2) : innocence perdue ?

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       Aujourd'hui 5 juillet, jour de départ de "la grande boucle". Drôle de surnom, non, pour le Tour de France ? Voilà qui semble rappeler qu'une fois de plus l'essentiel ne se trouve pas dans la vitesse à laquelle on rallie Paris et les Champs, mais bien dans le plaisir du "détour" ! Cela n'empêche pas ceux que ce spectacle indiffère de n'y voir qu'une façon de tourner autour du pot, de même pour les passionnés qui désespèrent de voir le dopage définitivement éradiqué. Pour les autres, cette boucle  évoque, année après année, de nouveaux itinéraires pour parcourir la France autrement.

    Ces derniers jours, en allant fouiner en bibliothèque et librairie mais aussi sur Internet, une constatation s'est imposée à moi : les ouvrages et les romans se rapportant au vélo semblent se multiplier ces dernières années. Depuis une dix ans, ils n'ont même jamais été aussi nombreux à sortir.

    Aux quelques nouveaux-venus dans la colonne de gauche de ce blog, il conviendrait d'ajouter ceux dont le succès a permis d'être réédités en poche récemment (et que je n'ai pas encore lus) : "Petit traîté de vélosophie" de Didier Tronchet et "Petit éloge de la bicyclette" d'Eric Fottorino par exemple. Les esprits retors (dont je me réclame !) ne manqueront pas de faire remarquer que ces 10 ans coïncident avec le début des scandales concernant le dopage sur le Tour !

    Souvenez-vous : Festina... Virenque... L'insu de mon plein gré !

    Paradoxalement, le fait de voir le cyclisme alimenter les colonnes des faits divers amènerait-il les Français à s'intéresser de nouveau au vélo, et - peut-être - à rechercher la magie que le sport de haut niveau enterre de plus en plus sous le cynisme d'un Lance Armstrong ou de l'UCI ?

    La recrudescence des romans et récits évoquant cette part de rêve le confirmerait.

    Pourtant, le vélo n'est pas prés de disparaître ! Demandez aux vélocistes (dans les grandes villes surtout) et aux fabricants...

    La bicyclette de grand-papa, incarnation du passéisme, ringardisée et mise au placard avec le triomphe de l'automobile et de la vitesse, est redevenue la "Petite Reine" depuis son retour en grâce triomphal. Depuis le déferlement du VTT il y a une vingtaine d'années jusqu'à la récente flambée du prix du baril de pétrole. Aujourd'hui le succès des "vélos citadins" et des manifestations de masse des deux roues dans les villes continuent d'élargir le cercle de la reconquête. Partout des pistes cyclables se construisent, des routes s'aménagent et contraignent les automobilistes à partager leur espace (pas toujours de gaieté de coeur, j'en reparlerai !)... Drôle de revanche !

    Et si ce retour en grâce du vélo, aussi bienvenu qu'il soit, ne reposait que sur un immense malentendu ? La prétendue "innocence perdue" n'existe plus depuis un bon siècle dans le cyclisme de haut niveau (si elle a jamais existé !), mais se trouve toujours à portée de pédalier, intacte pour chacun de nous pour peu que l'envie nous prenne d'aller "faire un tour" !

    C'est une grande partie du propos de Paul Fournel dans "Besoin de vélo" que d'exalter ces moments de plénitude, des petites routes de Haute-Loire de son enfance aux grandes étapes du Tour. Ressusciter en soi-même l'enthousiasme des débuts, continuer à s'émerveiller à chaque sortie, ce doit être là que réside tout le secret. 

    Non, ce n'est pas le vélo qui est en danger, ni même le Tour de France.

    ... 

    Par contre, notre écosystème...

     

     

  • Tours et détours (1)

    "Le détour" : Joli thème au programme  de  l'enseignement de Français en BTS pour la prochaine rentrée. J'ignore si j'enseignerai à ce niveau l'an prochain, mais là, il y aurait matière ! 

    Quels en sont les objectifs ? Montrer que le fait de ne pas chercher à atteindre un but par le chemin le plus court et le plus direct peut être une bonne stratégie. C'est donc un thème hautement littéraire, tant l'écrit nécessite le retour sur soi, à contre-courant de l'action immédiate. "Le détour, même au risque des pertes qu'il peut engendrer, apprend et enrichit. Il peut être un art de vivre" (extrait des programmes officiels). Le détour est même assimilé à une certaine "liberté de pensée" dont l'utilisateur peut tirer un avantage déterminant.

    Evidemment, les concepteurs des programmes invitent à interpréter ce thème au second degré dans divers domaines : le détour dans la pensée, dans l'argumentation, dans la réflexion philosophique, etc. Mais rien n'empêche de l'expérimenter d'abord simplement, en commençant par en goûter l'esprit dans la balade en nature !

    D'ailleurs, le détour est un art. Il n'y a qu'à se rappeler le sketch de Coluche sur les discours d'hommes politiques, ou il multipliait les formules : "Je n'irai pas par quatre chemins", "Je vous le dirai sans détour..."  Bel exemple de suite d'antiphrases ! Il semble que le politique qui utilise ces expressions signifie son intention de simplifier sa pensée à l'auditeur, pour lui épargner des circonlocutions inutiles (?!). Mais bien sûr, Coluche en les accumulant dans la même phrase, souligne la langue de bois qui recouvre cette déclaration : l'hypocrite va bel et bien nous y perdre, dans le bois, aussi sûrement qu'Hansel et Gretel par leurs parents. Le but étant que l'on ne comprenne jamais (pauvres innocents que nous sommes) son avis sur la question posée... Le détour peut donc être synonyme de balade, mais aussi de rouerie !

    Par contre, il n'est pas sûr du tout qu'il faille prendre les expressions précédemment citées au pied de la lettre et envisager le détour comme une perte de temps, ainsi qu'elles nous y invitent dans leur sens le plus commun. Ce serait oublier un peu vite que le détour se pose comme un moyen de découverte et le signe d'une réflexion active sur le monde. 

    Et en outre, il serait abusif de l'opposer dans ce sens à l'expression "à bâtons rompus", qui peut elle aussi s'employer pour la randonnée forestière au premier degré, et la discussion au second ! Dans le premier sens, celui qui roule "à bâtons rompus" le ferait "comme un bourrin", sans profiter des beautés qui l'entourent (encore un sens péjoratif !). On aurait alors tôt fait d'opposer le côté "cycliste du dimanche" de la balade, à l'entraînement forcené "nez dans le guidon". On voit bien ce qu'une telle lecture recèlerait de superficiel et de caricatural dans les deux propositions. Deux excès dans lesquels il vaut éviter de tomber, au propre comme au figuré, dans nos sorties ! A méditer...