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Récit du raid Pastourelle entre gadoue et pluie

Tôt levés et préparés en ce samedi matin, nous voilà une douzaine du club à l'échauffement puis au rassemblement à Salers, devant l'esplanade de Barrouze ("l'Auvergne est un grand plateau de fromages", c'était là !) lieu du départ fictif. Nous sommes largement en avance, mais, trop disciplinés (?), nous nous plaçons derrière la banderole, c'est-à-dire fort mal par rapport à la majorité des participants. Combien de vététistes en comptant le parcours de la rando ? Cinq cents, six cents ? ça commence à faire du monde et à m'agacer : même sans grande ambition au classement, l'idée a fait son chemin dans ma petite tête que j'aurais pu sensiblement mieux figurer sur les dernières compétitions où je me suis engagé en me positionnant de façon plus ambitieuse au départ. J'ai donc très envie de tenter le coup aujourd'hui pour me forcer à donner davantage, et advienne que pourra.

Le signal enfin sifflé, commence la descente par la route sur Saint-Paul de Salers que nous effectuons sans traîner pour laisser au moins quelques concurrents plus lents derrière nous. Une automobiliste bloquée en sens inverse a dû se faire quelques chaleurs en voyant dévaler cette horde de cyclistes. Malgré nos précautions, Manu et moi sommes encore placés comme des touristes pour le grand départ sur la place de l'église. Eric, Joris et Seb sont devant. L'ascension sur les côtés du Puy Violent en direction de Récusset et du col de Néronne s'annonce délicate.

11 heures 30 : c'est parti mon kiki ! j'ai enclenché un petit développement pour progresser prudemment dans le goulot d'étranglement parmi les concurrents. Je m'infiltre comme je peux sur la droite, et aussitôt installé dans le passage, j'appuie sur les deux pédales d'accélérateur pour doubler tout ce qui bouge, tout en me maintenant dans les bonnes trajectoires du GR. C'est devenu une obsession : j'ai à coeur d'éviter de prendre "de mauvaises roues" et de m'installer dans un faux rythme, d'autant que je connais le début du parcours dans ses moindres recoins et que je me sens facile. Le terrain caillouteux et assez sec favorise les accélérations : tout va bien ! 

Petit coucou à un de mes voisins parti mieux placé ; puis bientôt, un playmobil en vue dans la côte ! C'est Eric, que je rejoins anormalement vite : soit je suis trop dans le rouge, soit il n'est pas dans un bon jour. La suite montrera qu'il y avait du vrai dans les deux hypothèses. Encore trop loin des premiers à mon goût, je décide de poursuivre mon effort. Eric ne s'accroche pas plus que Manu ne l'avait fait au départ, et je continue à doubler les concurrents par grappes, en tâchant de souffler et de ne pas tomber dans l'excès d'euphorie.

Venues de derrière, les deux motos de l'organisation se faufilent elles aussi : j'ai la chance d'être seul à ce moment là, ce qui m'évite de rester collé dans leurs gaz d'échappement.

A la faveur des épingles, je distingue Joris encore devant à une quarantaine de mètres, lui aussi en train de remonter sur la tête de la course. Je le garde en point de mire.

1er ravitaillement en eau après le premier replat : Joris s'est arrêté. Départ trop ambitieux ? La suite des évènements confirmera là aussi cette impression. Cela ne l'empêche pas de repartir "plein pot", et de me suivre à partir de cet endroit, tandis que je continue à la même cadence.

La montée est longue jusque sur les hauteurs de Récusset. Retrouvant un rythme plus conforme avec la durée d'un raid, Joris et moi prenons deux concurrents en filature sur cette partie toujours roulante. Le cardio ne redescend pas pour autant sous les 180... tout est relatif ! La pente finit par s'inverser, mais pas question de lâcher, et nous relançons à vive allure à chaque faux plat.

1er indice de fatigue : à la bifurcation sur Néronne, non loin du lieu où guette le photographe, je choisis une mauvaise trajectoire au premier passage boueux et ne résiste pas à la joie de mettre pied à terre. dans l'élément grumeleux (première immersion d'une longue série, gruiiiik !). Joris qui me filait le train en profite pour me repasser, accompagné de deux ou trois concurrents. Sur l'interminable portage dans le pré à gravir, je ne parviens pas à les recoller et me fais même doubler par d'autres : ils se sont entraînés tout le début de saison à porter leurs vélos dans des escaliers, ou quoi ?!

Arrivé à la séparation du raid et de la rando, j'entends Jérôme au contrôle m'annoncer que je pointe à la 55e place... ce qui veut dire que j'ai largement intégré le "top 50" pendant un moment. Mais je n'ai pas du tout envie de me mettre à chanter : d'une part, la pluie est déjà arrivée au bout de moins d'une heure de course, et d'autre part j'ai toujours le souffle court et l'acide lactique en surproduction, et le cardio ne me rend pas justice, car il affiche des indications complètement fantaisistes dans les portages. Et la lucidité fait toujours défaut : sur le chemin gras en montée qui suit, je bataille à reprendre le contrôle de l'avant du vélo. Pas grave : cette fois-ci, c'est le long portage jusqu'au buron d'Impramau qui se profile. Au même instant c'est officiel : ma double paire de chaussettes a capitulé dans son devoir d'étanchéité, et le moral a pris un sale coup au même endroit. Pour Joris aussi apparemment, car il ne me distance plus dans le portage. Après 600 mètres d'ascension en 15 bornes depuis le départ, nous voilà à 1370 mètres. Mais nos adversaires ne s'offrent pas pour autant un détour par le ravito commun avec les marcheurs avant la descente, ce qui nous différencie d'eux et me confirme que j'ai visé trop haut ! Encore un coup au moral, alors que nous n'en sommes qu'à un peu plus du quart de la distance...

Quelques morceaux de bananes et de quatre-quarts plus loin, nous voilà repartis sur un sentier d'abord escarpé et serré à flanc de montagne, puis qui s'enfonce rapidement dans les bois et la gadoue. J'avance sur le vélo avec circonspection. Un bruit de chaîne derrière moi... Ce n'est pas Joris, qui a disparu, mais un concurrent qui survole la bouillasse ambiante sur son Epic FSR. J'admire la différence de technique et en prends de la graine pour mes trajectoires. Dommage, la descente est déjà finie. Nous croisons deux fois la RD 680 sous le roc du Merle, avant une remontée qui m'a paru assez longue (mais était-ce réellement le cas ?) sur terrain collant jusqu'au pied du Pas de Peyrol. Je continue à me faire "déposer" par des concurrents, sans réussir à prendre durablement leur roue, et me décide faute de mieux à rouler "au seuil" au cardio pour garder un rythme. Histoire de m'alléger, je pompe consciencieusement dans le tube du Camelbak en attendant un hypothétique deuxième souffle dans la forêt de sapins.

En attendant, c'est un nouveau portage dans la gadoue qui s'annonce, puis enfin la "bascule" pour la descente à travers les pâturages. Pas de quoi se réjouir cependant : les intempéries ont fait leur oeuvre, et les passages pentus dans les prés alternent entre intenses moments de glissades où le pneu avant bourre, parties casse-gueule bien physiques, et brefs moments de portages obligatoires qu'il est difficile de prévoir avant de se retrouver planté et forcé de reprendre la marche à pieds ! Rien de reposant en définitive ! Seuls quelques passages un peu moins dégradés autorisent à s'amuser dans les virages, et rappellent ce qu'aurait pu être le parcours dans d'autres conditions. Regrets éternels... Une remontée sur la route avant le Falgoux offre encore l'occasion à quelques participants de me montrer leur roue arrière. Je fais pourtant au mieux de mes possibilités du moment, mais ma redégringolade au classement n'est visiblement pas terminée. Je laisse au moins derrière moi les premiers concurrents victimes de divers déboires mécaniques.

Un dernier raidillon, et nous voici au ravitaillement de mi-parcours tant attendu. Musique folklorique (sous l'averse), boissons, fruits en tranches, chocolats ! Le Falgoux, quatre minutes d'arrêt ! Entre deux verres de coca, je refais une razzia sur les carreaux de chocolat. Et ça repart, toujours sous la pluie. A un peu plus de mi-parcours, je n'ai toujours pas été rejoint par mes collègues du club (sauf Seb, qui doit "naviguer" loin devant, et Laurent, trop fort pour cette fois) malgré un sérieux manque de pep's. Et comme le disait une bénévole au ravito, le pire reste à venir !

Effectivement, dès le retour sur les chemins à la sortie du village, la difficulté à rester assis sur la selle plus de quelques dizaines de mètres augmente encore d'un cran. De toute façon ce n'est plus du tout rentable en termes de vitesse, ni d'énergie dépensée, et les pieds sont définitivement noyés à l'intérieur des chaussures, donc !...

Mais là, je regarde le chemin avec modération : même à pied, c'est la galère... L'enfer a un nom, et je suis plusieurs fois pris de l'envie d'envoyer furieusement valdinguer le vélo. Je garde en mémoire de ces quelques kilomètres des passages de ferme carrément ignobles, et puis surtout les fameux moments de glissades involontaires improvisées (et Zuipp ! le pingouin) sur des passerelles en bois complètement inondées et déjà très abimées par le passage des premiers concurrents. Plus loin encore, ça ne roule toujours pas ! De quoi entamer encore un peu plus les réserves d'énergie et de moral avant l'interminable montée en direction des plateaux !

Je l'aborde, comme l'an dernier, au bout de 2 heures 50 de course environ. Mais je m'étais bien juré cette fois-ci de ne pas la gravir à pied. L'étape du coup de pompe majeur étant passée, je la monte entièrement sur le vélo, en me gérant mais quand même : le ciel envoie son énième averse orageuse, la montée oblige de plus en plus à pédaler à contre-courant des ruisseaux... et que les kilomètres mettent de temps à défiler ici ! Le compteur ne décolle pas des 5 km/h, et ça me paraît déjà un exploit. Comme l'ont souligné certains, à force de patiner, la roue arrière a bien dû faire au moins le double de kilométrage de la roue avant ! Ravito de la Serre, enfin une bonne nouvelle : l'arrivée est annoncée pour dans 18 kms, et la dernier gros coup de cul est presque passé. Pendant ce temps-là, le dernier randonneur est annoncé au contrôle de l'intersection raid-rando, et le futur vainqueur du raid ne va pas tarder à conclure son parcours. ça commence à sentir la fin.

Quoique, ne pas se réjouir trop vite... la légère redescente suivante, qui ne doit vraiment rien avoir de technique par temps sec, est rendue tellement piégeuse par la boue qu'à plusieurs reprises je ne redresse le vélo qu'au dernier moment. Et il reste une magnifique montée impossible dans un chemin transformé en bourbier, qui débouche un peu plus loin sur une nouvelle herbe à chameaux/ à Salers (?) où l'on est forcé de tremper les pieds jusqu'aux mollets sur plusieurs centaines de mètres. Mmmmmmh !

 "Sprouitch !" font mes chaussures à chaque pas, tandis que le dérailleur récalcitre. Comme je le comprends ! D'après les indications, toute cette partie jusqu'au buron de Lavessière ne faisait que 4 kilomètres (?) mais pour 260 mètres de dénivelé positif... 

Enfin, nous voilà sur les plateaux. Kilomètre 40, ou 45 (selon que l'on compte à partir de St Paul ou du départ fictif). Enfin du caillou, donc un terrain roulant, mais le paysage semble étendre ses montagnes de verdure à perte de vue. Salers, c'est par où ? Apparemment, dans le sens inverse de l'an dernier, puisque nous repartons en direction d'Anglards. Tant mieux, cette partie inédite est plus roulante que l'herbe à (??? censuré !) de l'ancien parcours, Alleluia !

Pas le temps de cogiter. Le moral revenant, je m'emploie à conserver ma position quelque temps. Un chemin herbeux en mini-montagnes russes poursuit les réjouissances sous un timide rayon de soleil, puis vient une descente roulante et rapide. Je regagne du terrain sur les deux concurrents qui me précèdent, ce qui m'encourage à sauter allègrement le dernier ravito d'Espinassole, même en sachant que le plongeon dans la vallée annonce forcément une remontée sur le plateau d'en face. En bas, un regroupement s'opère : j'ai rattrapé mes lièvres, mais d'autres concurrents nous ont rejoints. ça va être chaud ! Quelques-uns tentent de se détacher dans l'ascension, mais sont rappelés à l'ordre par la fatigue ou les crampes. J'en sens moi-même une qui guette en haut du mollet, mais je décide d'arrondir le coup de pédale sans ralentir : Ouf, ça passe. Panneau des 5 kms, puis 4... Dernier passage dans l'herbe (ça doit être des dromadaires cette fois, on ne voit que la bosse de la poche à eau (!)) avec l'ultime portage dans la boue, qui paraît bien anodin en comparaison des précédents !

Sur les hauteurs de Salers, les positions s'étirent à nouveau. J'en remets une couche dans la descente sur route, en soignant la trajectoire quand même compte tenu du revêtement humide : plus de 62 à l'heure ! On se calme pour traverser le camping de Salers, puis c'est la jonction avec le petit chemin de promenade qui contourne le village. Deux engagés sur la randonnée s'écartent pour me laisser passer, merci ! Je suis poursuivi, mais décide de ne pas prendre de risque et passe à pied l'ultime bout de descente rocailleuse à proximité de la gendarmerie. Petit tour express en centre-ville. Je réussis la montée des marches sur le vélo, mais mon poursuivant la franchit en trombe pour me doubler. Tant pis, il y a belle lurette que j'ai renoncé à une place satisfaisante au classement. Arrivée, le verdict tombe, je m'y intéresse quand même : 93e (voir ici) en 4 heures 35 au lieu de 89e en 4 heures 22 l'an dernier, sachant que l'augmentation du nombre de concurrents et les conditions infernales ont rendu le parcours plus ardu ce coup-ci. Pas si mal. 

Après un passage par la collation d'arrivée et le nécessaire lavage du vélo au jet, je rejoins les collègues ayant participé à la randonnée : tout semble s'être bien passé pour eux.

Au bout d'un long moment, arrivent en ordre très dispersé le restant de nos coéquipiers sur le raid : sur un tel circuit, les écarts grossissent très vite, d'autant que le terrain ne s'est pas arrangé au fil de la journée et des passages. Vu les visages marqués en fin de course (encore des symptômes de myxomatose !), je n'ai pas été le seul à en baver... Ce dont je m'étais déjà rendu compte sur le parcours : à part avec les bénévoles, la convivialité pendant l'épreuve était en berne. Décidément, les éléments auront gâché beaucoup de choses cette année.

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